Ces deux dernières années, le changement climatique a eu des effets dévastateurs sur les récifs coralliens du monde entier. Dans les Caraïbes, et plus particulièrement aux Îles du Vent, la température de la mer a atteint des niveaux records, dépassant les 31 °C. Le niveau de stress thermique, mesuré en degrés-semaines de chauffage, a atteint 25, ce qui, selon la NOAA, correspond à un “ risque de mortalité quasi totale ” dû au blanchissement des coraux.
Nos équipes de restauration à Sainte-Lucie et à Saint-Vincent-et-les-Grenadines ont mené des études approfondies pour tenter de retrouver des coraux corne d'élan et corne de cerf survivants, mais la situation est préoccupante. La mer est trop agitée pour permettre des relevés sur les côtes exposées au vent ; nous espérons donc en trouver lorsque la mer sera plus calme. Dans notre pépinière de Sainte-Lucie, nous avons quelques génotypes de coraux corne d'élan et corne de cerf survivants, car nous les avons transférés en eaux plus profondes, mais la quasi-totalité de nos plants et colonies mères ont péri. Pour ne rien arranger, le blanchissement des coraux de l'année dernière fait suite à la terrible maladie corallienne SCTLD, à l'ouragan Beryl de catégorie 5 et au grave blanchissement de 2023.

Les scientifiques marins de toute la région suivent la situation avec consternation et un sentiment de quasi-désespoir. Certains se demandent si les récifs coralliens ont atteint un point de non-retour, rendant toute restauration impossible. Un groupe régional de biologistes marins, soutenu par le Fonds pour la biodiversité des Caraïbes, a récemment créé le Forum caribéen sur la santé des coraux afin d'examiner les prochaines étapes à suivre pour conserver et restaurer les récifs coralliens. Il est clair que nous devons réévaluer notre stratégie de restauration et envisager toutes les options.
L'objectif principal de la restauration corallienne est d'aider les coraux à s'adapter au réchauffement climatique. Pour ce faire, il est nécessaire d'accélérer la sélection naturelle en favorisant la croissance et la reproduction des coraux les plus résistants, tout en assurant une grande diversité génétique. Plus une population est génétiquement diversifiée, plus elle est résiliente. Une règle simple consiste à prélever des fragments d'au moins 35 coraux différents, provenant de divers sites, afin de garantir la prise en compte de plus de 95% de la diversité génétique (diversité allélique) de la population. Le problème auquel sont confrontés les programmes de restauration corallienne dans les Caraïbes orientales est la difficulté croissante à trouver suffisamment de colonies survivantes au sein d'un même pays.
Plus important encore, il nous faut maintenant suivre les recommandations de nombreux scientifiques et commencer à déplacer les coraux des zones chaudes vers des zones plus froides – c'est ce qu'on appelle la migration assistée. Le complexe récifal mésoaméricain possède des eaux peu profondes dont la température moyenne est supérieure de 1 °C à celle des Caraïbes orientales pendant l'été. Les coraux qui y vivent se sont adaptés à ces températures plus élevées et certains ont même survécu à des températures de 34 °C !
Pour la survie des récifs coralliens des Caraïbes, il est désormais crucial que scientifiques et décideurs politiques collaborent afin de faciliter le transfert de coraux par-delà les frontières nationales et de contribuer à la création de pépinières régionales de gènes coralliens dans chaque pays. Les scientifiques doivent élaborer des protocoles pour minimiser les risques de transmission de maladies. Il est temps d'innover – et le temps presse.
Les opinions exprimées dans ces articles sont données à titre informatif seulement et ne représentent pas la position officielle du Fonds pour la biodiversité des Caraïbes ni de ses partenaires.